Alphabet City la scène artistique New-Yorkaise radicale et underground

Dicton de l'East Village :

«

Avenue A, you're Alright
Avenue B, you're Brave
Avenue C, you're Crazy
Avenue D, you're Dead. »

  

À la fin des années 70, New York est une ville déprimée, au bord de la faillite et presque entièrement aux mains de gangs criminels. Dans le sud de la ville, et plus particulièrement au sud de la 14e rue et à l'est de Greenwich Village, le quartier de East Village attire de nombreux artistes cherchant des logements à bas prix. 

C'est dans ce renouveau culturel que les communautés de la ville se rencontrent, et que le Hip-Hop, le monde de l'art et l’univers rock et punk se croisent. Cet environnement exceptionnel verra une scène artistique singulière où se mêle un monde aux contours infinis.

Au milieu des années 1980, le New York Times déclarait :

 

« l’East Village était le quartier le plus intéressant et, peut-être, le plus excitant de la ville la plus intéressante et la plus excitante du monde. Il est devenu un quartier reconnu à l'échelle nationale et internationale pour ses idées et tendances en matière de contre-culture, en tant que centre de la culture punk rock de la côte Est et du mouvement New Wave. Cela incluait l'émergence de galeries d’art et de diverses salles de concert, en tant que destinations légendaires et de renommée mondiale ».

En 1981, à New York, la scène artistique contemporaine était en plein essor, avec SoHo comme épicentre. Des marchands comme Leo Castelli, Ileana Sonnabend et Mary Boone ont défendu des artistes comme David Salle et Julian Schnabel, que les critiques ont qualifié de néo-expressionnistes, et dont le style séduisait un marché de l'art en pleine expansion, prêt à payer de grosses sommes d'argent pour de jeunes peintres. Mais à quelques pâtés de maisons de là - dans l'East Village - une communauté de galerie plus petite mais non moins importante émergeait également, une sorte de satellite conceptuel en orbite autour du monde de l'art. Un quartier où vie sociale et vie artistique se mélangeaient fournissant alors de nouvelles formes d'expression.

Dans les années 1980, des personnalités de tous les horizons, notamment des artistes, affluaient à New York pour y faire carrière. En raison principalement de la faiblesse des loyers et d’un parc immobilier composé d’immeubles bon marché et délabrés, l’East Village a vu de nombreux jeunes s’y installer à la recherche de nouvelles expériences et d’un lieu d’accueil où vivre avec plus de liberté. Dans l’East Village, ces artistes, écrivains, musiciens, etc. ont trouvé un refuge sûr, un lieu qui leur a permis de se rassembler et de travailler dans une communauté d’esprit. C’était presque un village avec une vie de quartier très intense, où les artistes se retrouvaient dans les vernissages, se rendaient visite dans leurs studios, échangeaient sur leurs projets et occupaient des endroits alternatifs.

 

Un courant d’avant garde new-yorkais - qui tournait le dos aux grands lignes traditionnelles de l’avant-garde - était en train d'éclore : la scène de l’East-village qui, avec ses galeries et ses célébrités locales, imitait le marché de l’art de Soho. Les artistes d’East Village nourrissaient l’espoir d’être découverts, de pouvoir vendre leurs œuvres.

"L'East Village regorge d'artistes. En fait, tous les premiers galeristes étaient également des artistes. Nous avons assisté aux vernissages des uns et des autres et envoyé des conservateurs et des collectionneurs aux expositions des uns et des autres. Carlo McCormick et Walter Robinson ont tout couvert dans l' East Village Eye de Leonard Abrams . Nous avons voyagé en masse aux foires d'art et aux expositions hors de la ville. Lorsque la Fun Gallery a fermé ses portes en 1987, quelqu'un a peint à la bombe «The Fun Is Gone» à l'extérieur de leur immeuble. Cela dit tout" Gracie Mansion

Rich Colicchio (51X Gallery qui a exposé Dondi White) ajoute : "Nous voulons créer un système de galerie alternatif à 57th Street et SoHo, avec une attitude différente".


Lorsque Patti Astor ouvrit la première galerie d'art du quartier, East Village était en passe de devenir le "nouveau SoHo". Nous sommes en 1981. Amie des rappeurs underground, des punk rockers, des graffeurs et des cinéastes les plus en vogue de la ville, elle chosit avec son associé Bill Stelling, un immeuble d'habitation délabré de l'East Village comme site de son nouvel espace d'exposition expérimentale. Son nom : la FUN Gallery. On a pu y découvrir des artistes issus du graffiti (Lady Pink, et Futura 2000) et les premières expositions de Jean-Michel Basquiat et de Keith Haring.

Des galeries apparaissaient chaque semaine. En quelques années, le quartier fut l'épicentre de mouvements esthétiques différents, allant du néo-expressionnisme et ses alternatives (Néo-Géo, Néo-Conceptualisme, Commodity Art) au Post-Graffiti; du Punk au no wave et au hip-hop, en passant par la poésie et l'écriture.

Un quartier où les rencontres les plus improbables se sont faites, où la scène de l'East Village a introduit un panthéon de grands noms : Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, Dondi White, Futura 2000, Jenny Holzer, Peter Hujar, Jeff Koons , David Wojnarowich, Patti Smith , Blondie , Madonna... 

Ainsi, l’East Village des années 1980 a été un moment et un lieu singulier, peut-être unique en son genre. Une union d’art et de rébellion créative. Il n’a peut-être jamais été égalé et ne le sera jamais. Le renouvellement urbanistique et l’augmentation des prix des loyers ainsi que le SIDA ont fait disparaitre cette population unique et diverse, ainsi que les galeries et les salles de concerts à la fin des années 1980.

De cette époque, il reste aujourd'hui un énorme héritage. La culture née à New York entre la fin des année 70 et la fin des années 80 est présente partout. (Hip Hop, Pop; la Danse, l'art ou la mode). C'est cette époque qui a démocratisé les moyens d'expression, brisé les barrières, les tabous, osé la différence.